Un accès vital aux soins
A Kinshasa, l’accès aux soins reste un défi constant pour les enfants vivant dans la rue.
Privés de protection familiale, plongés dans une pauvreté extrême et exposés chaque jour à la violence, à la maladie et à la stigmatisation, ils sont parmi les premiers exclus d’un système de santé fragile et sous-financé.

Le dispensaire du centre Ndako Ya Biso enregistre chaque année près de 4 000 consultations, témoignant de l’ampleur des besoins.
Des problématiques de santé majeures
Les cinq principaux problèmes rencontrés par les enfants des rues sont particulièrement graves et étroitement liés à leurs conditions de vie.
Le paludisme constitue l’une des menaces les plus fréquentes : exposés aux moustiques faute d’abri, dormant dehors ou dans des lieux insalubres, les enfants développent des formes souvent sévères, retardées dans le diagnostic et parfois compliquées en raison d’un accès insuffisant aux traitements.
Les parasitoses intestinales sont également très répandues du fait d’une alimentation irrégulière, de l’ingestion d’eau non potable et de l’absence d’hygiène minimale. Elles entraînent douleurs abdominales, diarrhées, retard de croissance et aggravent la malnutrition déjà présente.

Les traumatismes liés à la violence dans la rue représentent une autre catégorie majeure de problèmes de santé : bagarres, attaques nocturnes, violences sexuelles, agressions par des adultes ou par d’autres enfants provoquent blessures, fractures, infections non soignées et séquelles psychologiques importantes.
Les verminoses sont principalement causées par l’exposition des enfants à des environnements insalubres, les sols contaminés et le manque de port de chaussures. Ces conditions favorisent la pénétration de parasites cutanés et internes, entraînant des lésions, des ulcérations et des anémies.
Les infections sexuellement transmissibles (IST) et les addictions aux drogues constituent un risque majeur. Nombreux sont les enfants qui consomment des drogues pour apaiser la faim ou l’angoisse, ce qui entraîne intoxications, troubles neurologiques et dépendances. Les violences sexuelles et les rapports non protégés exposent aussi les enfants aux infections sexuellement transmissibles, sans accès au dépistage ni à la prévention.
Une vulnérabilité extrême
Ces pathologies combinées créent un cercle d’extrême vulnérabilité, rendant les enfants des rues particulièrement fragiles et exposés à des complications graves, parfois mortelles.

Un accompagnement essentiel
Trois psychologues épaulent l’équipe du dispensaire. Ils assurent un suivi précieux, offrant un soutien psychologique indispensable aux enfants.
Le dispensaire accueille aussi bien les jeunes en situation de rue que ceux qui ont pu être réunifiés avec leur famille.
Des témoignages
L’histoire de Pierre
Pierre a vingt-six ans. Depuis l’âge de treize ans, la rue a été son seul refuge. Sa mère est décédée trop tôt, et son père, incapable de s’occuper de ses trois enfants, les a confiés à leur tante maternelle.
Mais cette tante, déjà mère de quatre filles, vivait avec toute sa famille dans une pièce minuscule de trois mètres sur trois.Très vite, la cohabitation est devenue insupportable. Pierre et ses frères étaient considérés comme « de trop », accusés de trop manger, de prendre trop de place et de provoquer des désordres.
La tante les confia à l’église du réveil voisine. Là, on les qualifia d’enfants « habités par de mauvais esprits », autrement dit des enfants sorciers. Rejetés, ils passaient leurs nuits dans un hangar servant de lieu de culte, aux côtés de femmes et d’enfants en détresse. En réalité, ils vivaient déjà comme des sans-abri.
A dix-huit ans, Pierre développa un ulcère tropical. Jugé « envoûté » malgré des rituels de délivrance, il fut finalement rejeté de l’église. Livré à lui-même, il dormit dans des carcasses de véhicules, sur des marchés, survivant en fouillant les poubelles. Malade, couvert de plaies, souffrant de troubles psychiques, il n’était plus qu’une silhouette errante.
Un jour, un ancien membre de l’église lui parla du centre Ndako ya Biso. Pierre hésita, puis franchit la porte. Là, il trouva un accueil bienveillant : une douche, des vêtements propres, des pansements, une prise en charge médicale gratuite. Ses plaies guérissaient enfin. Il entama un programme d’alphabétisation et découvrit la joie de pouvoir lire.

Grâce à l’accompagnement psychosocial, il comprit peu à peu qu’il avait été un bouc émissaire. Sa colère s’apaisa. Il suivit ensuite une formation en ajustage, se montra assidu, progressa rapidement et devint maître ajusteur en deux ans.
Sa famille, autrefois méprisante, commença à l’admirer.
On l’appelait désormais « l’ingénieur ».
Aujourd’hui, Pierre a ouvert son propre atelier dans le quartier. Réinséré, équilibré et respecté, il rêve de bâtir une grande maison pour sa tante, ses cousines et ses frères. Ce projet est pour lui une manière d’honorer son parcours et de reconstruire sa famille.
Maman Kavunga témoigne de l’importance vitale du dispensaire pour les familles en grande précarité.
Arrivée à Kinshasa avec ses sept enfants pour fuir la guerre, elle tente de survivre en vendant de l’eau. Mais les conditions de vie restent extrêmement difficiles et les enfants souffraient de malnutrition. Le dispensaire les a pris en charge, en partenariat avec la paroisse Sainte-Bernadette, leur offrant une réalimentation adaptée et un suivi attentif.
Deux des enfants ont été diagnostiqués épileptiques, un troisième souffrait de troubles auditifs. Grâce au dispensaire, ils ont pu être orientés vers des consultations spécialisées indispensables.
La maman elle-même était malade et affaiblie. Le dispensaire a assuré son suivi médical, soulignant la nécessité d’un accompagnement continu.

Dans un contexte de fragilité extrême, le dispensaire n’est pas seulement un lieu de soins : il est un véritable pilier. Il protège, nourrit, soigne et ouvre des perspectives. Pour la famille de maman Kavunga, il représente une chance de survie et d’avenir.
Grâce à vous, notre dispensaire offre un accès essentiel aux soins de santé, tant pour les enfants des rues que pour ceux réintégrés dans leur famille. Votre soutien permet de soigner et d’accompagner ces enfants, notamment ceux atteints de maladies chroniques, tout en favorisant leur réinsertion familiale et sociale.
En leur nom, nous vous exprimons notre profonde gratitude pour votre générosité.
Pour les aider, n’hésitez pas à faire un don ou à parrainer l’action du Centre Ndako Ya Biso.

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